Apprendre à parler le socialisme – la novlangue socialiste

Jan 24

Apprendre à parler le socialisme – la novlangue socialiste

A Ajaccio, on parle la langue corse, à Annecy-Bonlieu le franco-provençal, à Bayonne le basque, à Perpignan le catalan, à Metz le le lothringer platt et le lorrain roman, à Poitiers le poitevin-angevin, à Quimper le breton, à Toulouse l’occitan, à Lille le flamand de France et à Strasbourg l’alsacien.

Ailleurs en France, que parle-t-on ? Peut-être le français !

Sans oublier d’autres langues comme le jargon de l’éducation nationale, l’hexagonal ou la novlangue socialiste.

L’hexagonal

En 1970, Robert Beauvais publiais « L’hexagonal tel qu’on le parle »

Quand les maux persistent, il suffit de changer les mots. C’est ainsi que pour l’on a préféré parler de « sans-emploi » plutôt que de chômeur, ou de »non-voyant » plutôt que d’aveugle, expressions qui sont toujours d’usage !

Autour des années 70, on a été plus loin pour se distinguer, en choisissant des mots ou des expressions qui « sonnaient » mieux. Tels :

  • Une « ondée » plus joli que la « pluie »,
  • un « opuscule » plutôt qu’un « petit livre »,
  • une « missive » plutôt qu’une « lettre »,
  • « expliciter » plutôt qu’ « expliquer »,
  • une « pinacothèque » plutôt qu’un « musée »,
  • une « céphalalgie » plutôt « mal de tête »,
  • une « protubé­rance » plutôt qu’une « bosse »

Ou encore :

  • « Quel conditionnement émotif » au lieu de « Quelle sensibilité »
  • « Tu es mon objet d’aimance » pour « Je t’aime »
  • « C’est un caractériel » eu lieu de « C’est un emmerdeur »
  • « Evitez les métamorphoses posturales » plutôt que « Ne bougez pas ».

Les restaurants ne sont pas en reste et rivalisent d’imagination, avec par exemple :

Des « gastéropodes à la Charles le Téméraire » (Escargots de Bourgo­gne), ou le « concentré occitan de fleurs des abysses » (Bouillabaisse).

Mais certaines expressions en hexagonal demandent à être traduites, telles :

  • Je demande à assurer cet exposé par l’oralité. (= Je demande la parole)
  • L’administration envisage la liquidation des déviationnistes. (= Ceux qui ne sont pas d’accord n’ont qu’a demander leur mutation)
  • L’inévitabilité des novations est patente. (= Il est évident qu’il faut opérer des changements)
  • Il existe un facteur intrinsèque de cohésion du corps professoral d’ordre socio-affectif. (= Il y a des affinités entre les profs)
  • La primitivité viscérale est une altérité; mais elle s’inscrit dans un contexte évolutif. (= Les 5D ne sont pas comme les autres, mais ils sont en progrès)
  • Il est au degré zéro de l’état de non-encore savoir. (= Il est nul)
  • Les critères d’évaluation cognitive sont passés au vert. (= Il a de bonnes notes en leçons)
  • Sa culture étant plus opératoire que réflexive, son devenir est technocratique. (= Il est bon pour la quatrième techno)
  • Il est allergique au système des conditions non-nécessaires donc contraignantes. (= Il supporte mal le cours de musique)
  • La pugnacité est délictuelle. (= Il est interdit de frapper ses camarades)
  • Excusez ce sous-produit de la discontinuité dans l’action. (= Zut j’ai oublié)
  • Je suis requise par la problématique du quotidien. (= A la maison je m’occupe de tout)
  • Mon énergie conceptuelle est court-circuitée au niveau de sa médiation. (= J’ai du mal à me faire comprendre)
  • Opérez un dégagement, inutile de formuler un concept qui peut avoir circonstanciellement son impact polémique. (= Ecrase, inutile de chercher des histoires)
  • Comment votre concept onirique coexiste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l’existence collégiale ? (= Comment vois-tu l’avenir au collège ?)
(source des expressions : l’Hexagonal, tel qu’on le parle, Robert Beauvais, 1970)

Nous pourrions sans doute citer Pierre Dac et les autres grands penseurs que sont nos députés et autres politiques.

La novlangue socialiste

Le Figaro a décrypté le langage utilisé par le gouvernement, dont voici quelques exemples.

A commencer par Vincent Peillon disant : « Il revient à l’école française de contribuer à bâtir du commun ». A méditer si l’on ne veut pas décourager les professeurs. C’est ainsi également qu’on ne parle plus d’ « école maternelle » mais de « première école ».

Dire et ne pas dire :

  • « le nous inclusif et solidaire » et non « construire la société française »
  • « de la conception à la gestion des espaces publics, comment construire un en-commun » et non « bâtir une société harmonieuse »
  • Les couples homosexuels sont confrontés « à l’infertilité sociale » et ne sont plus « dans l’impossibilité de procréer »
  • Le droit des femmes impose de parler de « l’égalité femmes-hommes » et non de « l’égalité hommes-femmes », en vertu de l’ordre alphabétique
  • On « ne travaille plus pour le pays », on « fait France »
  • On « ne se lance plus dans des projets », on « produit des possibles »
  • Plutôt que dire que « la France évolue » (dans quel sens faut-il l’entendre), il faut parler des « dynamiques plurielles de la société »

La plupart de ces expressions sont extraites de « Refonder la politique d’intégration, 2013 ».

On dit souvent que le dialogue est difficile, ce n’est pas surprenant. Quelle langue commune faut-il adopter ? On pourra ajouter « l’accompagnant du locataire de l’Elysée » (= première dame) ou le « centre aéré pour adultes turbulents » (= la prison)

Définition complémentaire

Le novlangue  est la langue officielle d’Océania, inventée par George Orwell pour son roman 1984 (publié en 1949).

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