Pas de dépistage du cannabis au lycée, mais…

Jan 21

Pas de dépistage du cannabis au lycée, mais…

Selon le Président Obama, « Le cannabis n’est pas plus dangereux que l’alcool ».

On connaît les ravages de l’alcool, on peut donc imaginer les conséquences de l’usage du cannabis. Mais, si Barack Obama disait que fumer un petit joint de temps en temps ne pose pas de problème, la France atteint un triste score, celui du pays, juste après la République Tchèque, où la consommation de cannabis chez les jeunes de 15-16 ans est la plus importante. 39% des jeunes français ont déjà fumé un joint, contre 20%en Allemagne. C’est même 41,5 % des jeunes de 17 ans qui ont expérimenté le cannabis, et 6,5% sont des fumeurs réguliers.

Un dépistage obligatoire au lycée

Conscient de ce fléau, Eric Ciotti, a fait une proposition de loi visant à combattre la consommation  de cannabis par les adolescents. Cette loi serait rédigée ainsi : « Dans les lycées, tous les élèves sont obligatoirement soumis, périodiquement, et au moins une fois par an, à un examen médical de dépistage de produits stupéfiants ». Pour financer cette mesure, il suffirait de créer une taxe sur le tabac. L’idée première de cette loi est d’accompagner les parents qui se sentent seuls face à ce problème. Les actions de sensibilisation tentées auprès des jeunes n’atteignent pas leurs objectifs et la situation s’aggrave même d’année en année. Une autre cause de la hausse de la consommation est la baisse des prix, le gramme d’herbe a été divisé par deux en dix ans.

Comment seraient pratiqués ces tests ? Ce serait le médecin scolaire qui en serait en charge, en accord du chef d’établissement. Mais il faut objecter que le nombre de médecins scolaires est très insuffisant et qu’ils leur est difficile de parvenir à accomplir leurs tâches habituelles ! Après cet examen, s’il était rendu possible, les résultats ne seraient communiqués qu’aux élèves et à leurs parents ou tuteurs, le secret médical sera préservé.

En Europe, il n’y a aucun pays où le dépistage systématique est organisé. Certains pays procèdent à des tests occasionnels (Belgique, Hongrie, Irlande, Royaume-Uni) et d’autres pratiquent le dépistage (Finlande, Norvège, Suède, République Tchèque).

Vincent Peillon opposé au dépistage

Pour Vincent Peillon, un contrôle annuel du cannabis chez les lycéens ne suffirait pas à faire face à un problème de santé publique. Il n’est pas radicalement opposé au dépistage, mais pour lui ce systématisme ne résoudrait pas le problème. Si un test annuel suffisait à endiguer l’addiction, cela se saurait. Le ministre précise également qu’il y bien d’autres soucis, comme la trop grande consommation de tabac, d’alcool, les difficultés d’alimentation ou la prévention des grossesses précoces. Le problème de santé des jeunes est une question globale que le Ministre de l’éducation étudie avec la Ministre de la santé, Marisol Touraine.

Dépistage ou légalisation du cannabis ? Rappelons que le ministre avait proposé en 2012 un débat sur la dépénalisation du cannabis, recadré rapidement par Matignon !

Un problème de santé publique

Fumer un joint de temps en temps ne poserait pas de problème (cf Obama), mais tout dépend de la quantité consommée. Mais nous ne réagissons pas de manière uniforme face à la drogue. Les conséquences sont totalement différentes si c’est un adulte qui fume de manière occasionnelle ou si c’est un ado ou un jeune adulte. L’Observatoire français des drogues et de la toxicomanie constate également que c’est dans les années lycées que la consommation régulière se développe.

L’inquiétude concernant la santé des adolescents est parfaitement fondée. La maturité du cerveau d’un adolescent se situe vers 19-20 ans, et la consommation de cannabis à cet âge altère certaines structures du cerveau. Les conséquences sont nombreuses : réduction du développement du lien social, de la mémoire, de la prise de décision, de la concentration… Les effets néfastes peuvent encore être aggravés s’il y a consommation d’alcool ou de tabac, et encore plus si l’usage est solitaire.

En dehors du problème du contrôle, ne faudrait-il pas déjà se préoccuper de savoir pourquoi les jeunes ont recours à la drogue. Cette consommation n’est-elle pas liée à une fuite causée par une certaine souffrance, une difficulté à dormir, un stress avant un événement ?

Enfin, au lieu d’envisager un dépistage systématique, essayons de trouver un moyen de détecter ces conduites à risques de certains adolescents. L’idéal serait une surveillance attentive et un accompagnement des parents, mais en ont-ils toujours la possibilité ou la faculté. Des signes peuvent être significatifs et indicateurs, tels une baisse des résultats scolaires, un changement d’attitude à la maison.

Mais ce n’est pas l’école qui doit régler tous les problèmes, elle peut intervenir dans un des éléments du diagnostic, en complément de l’action des parents ou du médecin de famille. Et ce n’est pas l’école qui pourra aider un adolescent à sortir de sa dépendance, elle n’en a pas les moyens et ce n’est pas son rôle.

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