Parlez-vous l’artipan ou le gallo?

Jan 22

Parlez-vous l’artipan ou le gallo?

La charte européenne des langues européennes a été adoptée, en tant que convention, en novembre 1992. La France n’a pas encore ratifié cette charte et les députés débattent aujourd’hui d’un projet de loi.

Faut-il reconnaître et faire la promotion des langues régionales ou rassembler autour d’une seule langue qui a son statut officiel depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 ?

Qu’est-ce que cette charte européenne ?

C’est le Conseil de l’Europe qui est à l’origine de cette charte. Le gouvernement Jospin de l’époque l’a signée mais le Conseil constitutionnel y a mis son veto.

Lionel Jospin entendait valoriser les langues régionales. Jack Lang était également un fervent partisan mais le ministre de l’éducation national Claude Allègre préférait une langue plus utilitaire, l’anglais indispensable aux informaticiens.

Serge Moscovici signe la « Charte » à Budapest en 1999 mais le texte doit être soumis à la ratification du parlement. Le président Jacques Chirac saisit le Conseil constitutionnel. Le Conseil constitutionnel rappelle que « les principes constitutionnels d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple français […] s’opposent à ce que soient reconnus des droits collectifs à quelque groupe que ce soit, défini par une communauté d’origine, de culture, de langue ou de croyance ». Si on veut adopter la Charte, alors il faut changer la Constitution, voire de Constitution.

Par la suite, Nicolas Sarkozy s’est montré fermement opposé à la ratification de la Charte lors de sa campagne présidentielle de 2007.

François Hollande, pour sa part, promet cette ratification pendant sa campagne présidentielle. La mission est alors confiée à Jean-Marc Ayrault.

Des contradictions par rapport à la Constitution

Selon l’avis du Conseil d’état de mars 2013, la charte introduirait une « incohérence profonde dans la Constitution ». Ce serait en contradiction avec l’avis du Conseil constitutionnel qui l’avait rejetée en 1999 en vertu du principe d’ « indivisibilité de la République ». L’article 2 de la Constitution stipule également que « La langue de la République est le français ».

Il semblerait que seule une modification de constitution permette de faire adopter la charte européenne.

Les bons et les mauvais côtés des langues régionales

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Les langues régionales font partie de la diversité de notre patrimoine. S’en priver appauvrirait notre culture et ses particularités. Ces langues régionales sont bien actuellement enseignées, mais elles ne doivent pas devenir prioritaires. Il faudrait aussi, en période de croissance nulle, limiter la participation des deniers publics au financement d’établissements privés qui, le plus souvent, dispensent ces enseignements.

En revanche, le maintien de ce bilinguisme peut être très bénéfique. Les enfants qui le pratiquent ont bien plus de facilité à apprendre une ou plusieurs autres langues étrangères. On reproche d’ailleurs aux Français de ne connaître que leur propre langue. Même si l’on cherche à favoriser l’apprentissage de l’anglais, plus qu’utile aujourd’hui, ne réduisons pourtant pas nos possibilités. Bien des détracteurs affirment que le français n’est déjà pas maîtrisé et qu’il serait plus utile de l’approfondir plutôt que de se lancer dans l’apprentissage « futile » d’une langue régionale. Les études montrent pourtant que les enfants bilingues ne rencontrent aucune difficulté particulière pour évoluer, bien au contraire, à condition toutefois que ce soit leur(s) langue(s) maternelle(s). Il ne faut pas se focaliser sur des élèves d’origines diverses dont le français n’est pas leur langue maternelle, pour qui cela revient à apprendre deux langues étrangères.

Un autre élément en faveur des langues régionales, telles l’alsacien, l’occitan ou le flamand, est la possibilité de converser avec les pays voisins. A l’époque de l’Europe et de la suppression des frontières, pourquoi se priver d’un tel avantage ?

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Soyons tout de même prudents afin d’éviter le communautarisme. Mais au jour de la mondialisation, il devient difficile de rester replié sur de petites communautés.

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En complément, lisez « Le Barbouilleur de Panathésie », la première bande dessinée au monde entièrement consacrée à l’utilisation des langues minoritaires dans la vie publique.

 

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